Planifier l’écriture

En écriture, nous ne sommes pas tous égaux, nous ne fonctionnons pas tous de la même façon. Les idées viennent et repartent, nous les saisissons ou les laissons échapper. De même, nous avons chacun notre méthode, notre organisation propre. Mais le but reste toujours de mettre dans la cible.

Se fixer des objectifs…

Cela se voit souvent. Certains auteurs sont capables de prévoir un planning d’écriture et de s’y astreindre. Avant même de débuter l’écriture de leur histoire, ils savent combien de signes comptera le livre. Ils ont établi un prédécoupage en chapitres, voire en scènes. Ils ont rédigé une fiche pour chaque personnage important, effectué des recherches si nécessaire, connaissent déjà la fin et tous les épisodes du roman. Ils savent pour quelle date ils veulent avoir terminé la rédaction et ont donc prévu d’écrire un certain nombre de signes par jour. Et de fait, ils s’y tiennent, s’astreignant à rester à leur table de travail tant qu’ils n’auront pas produit la quantité de texte fixée.

Ils ont ensuite planifié le temps de correction nécessaire, une pause pour laisser le manuscrit « décanter » avant de refaire une passe de corrections et d’envoyer le tout aux maisons d’édition. Méthode tout à fait rationnelle, parfois même rassurante, qui leur garantit de terminer le travail avec une productivité record. En se fixant un cadre temporel, des repères évitant de créer des incohérences et de se perdre dans le récit, ces auteurs gagnent de l’énergie, du temps et peuvent s’immerger sans crainte dans l’univers qu’ils créent : ils ne risquent pas de s’égarer puisque tout est préparé.

… ou pas !

Mais cette méthode ne convient pas à tout le monde. Peut-être faites-vous plutôt partie de ces personnes qui écrivent quand ça leur chante, quand l’inspiration se fait sentir, sans plan ni méthode spécifique. Cela aussi se voit souvent. Pour ces auteurs, la planification et la productivité ne représentent qu’un frein à leur imagination. Ils ne peuvent créer avec de telles contraintes. Ils ont besoin de mûrir leurs idées, de souvent laisser le manuscrit en pause et écrivent quand ils en ressentent l’envie ou le besoin. Du coup, ils ne savent pas à l’avance quel volume de travail les attend, ni quand ils auront terminé l’écriture. Ils ne s’imposent pas de passer plusieurs heures par jour devant leur ordinateur. Pourtant, ils sont parfois capables d’une très grande productivité car lorsque l’inspiration frappe, ils doivent y répondre instamment.

Le défaut de cette méthode réside dans le risque de créer des incohérences, de ne pas se souvenir de tout une fois sur l’autre (caractéristiques des personnages, temporalité du récit, etc.) et d’être freiné dans son élan car il manque des informations si on n’a pas réalisé les recherches nécessaires au préalable. Ces auteurs savent qu’ils devront ensuite passer plus de temps en phase de relecture afin de traquer les problèmes, d’opérer des vérifications et d’harmoniser le tout. Mais cette méthode leur permet une écriture instinctive et fluide tout en leur apportant beaucoup de plaisir. Et puis elle répond à leur nature et il est tellement difficile d’aller contre elle, non ?

La méthode mixte

Comme pour toute chose, il existe un entre deux, une zone un peu trouble dans laquelle peuvent se reconnaître un certain nombre d’auteurs. Ceux qui ne se fixent pas vraiment d’objectifs, pour qui tout n’est pas planifié et qui écrivent à l’instinct mais qui éprouvent toutefois le besoin de « mettre les choses à plat ». Cela se manifeste souvent par un suivi plus ou moins rigoureux du chapitrage, de la structure de l’ouvrage, par des rééquilibrages de temps à autre. Même si ces auteurs écrivent en fonction des périodes d’inspiration et ne parviennent pas à se fixer de cadre, ils peuvent éprouver le besoin de suivre une ligne directrice. Ils peuvent aussi avoir déjà en tête quelques épisodes marquants et en faire la liste afin de ne pas les oublier. La prise de note, l’élaboration d’un plan ou la vérification de la chronologie peuvent aussi répondre au besoin de cohérence du texte : lorsqu’on écrit uniquement sur le moment, on peut facilement créer des erreurs importantes (un personnage aux yeux bleus a soudain les iris marron, une scène fait abstraction de ce qui s’est passé précédemment, etc.). Sans aller jusqu’à écrire des fiches de personnages détaillées et tout prévoir au nombre de signes près, quelques jalons s’imposent alors qui vont aider l’instinctif à donner de l’épaisseur et de la cohérence à son récit.

Et vous, quelle est votre méthode d’écriture ?

7 thoughts on “Planifier l’écriture

  1. Annelise

    Chouette un nouvel article !
    Pour ma part, je suis dans les limbes de la méthode mixte. J’ai déjà quasi tout dans la tête (du moins les grands événements, certaines scènes que j’ai imaginé depuis longtemps), j’ai des fiches personnages, lieux, technologie… détaillées, fait mes recherches en amont etc etc, mais alors pour ce qui est de l’organisation… C’est un peu au petit bonheur. Je ne fais pas d’objectif en nombre de signes : comment pourrais-je savoir à l’avance la longueur de la scène que je vais écrire ? Et puis, c’est stressant ce genre de choses. Quant à ma fréquence d’écriture, c’est très aléatoire, j’ai du mal à me poser régulièrement pour ne faire que ça, mais une fois que j’y suis, c’est parti pour un moment. Et si j’ai une ligne directrice globale, que je connais déjà le destin de mes personnages, je ne suis jamais à l’abri d’un sursaut d’inspiration soudaine qui bouleverse tous mes plans. Sans compter que certains personnages font un peu ce qu’ils veulent et contrarient parfois ma ligne directrice (les rustres !).
    J’ai tenté d’écrire avec un cadre très structuré… ça n’a pas fonctionné. Trop de structure tue mon imagination. J’avais l’impression d’avoir déjà tout écrit rien qu’en lisant le fil directeur. Du coup, j’ai laissé tomber ce projet pour un autre et ça marche beaucoup mieux comme ça 🙂

    • wishmag

      Merci beaucoup pour ton témoignage. Il n’est pas facile de trouver la bonne méthode mais peu à peu, on parvient à mettre en place une routine qui nous convient et elle est propre à chacun, je pense.
      Pour ce qui est des personnages qui font ce qu’ils ont envie, ne m’en parle pas ! Il m’arrive régulièrement que certains choisissent une autre voie que celle que je pensais et de devoir remettre en question la suite de l’écriture. Il faut composer avec mais c’est souvent pour du meilleur.
      Je vois que tu progresses bien dans ton projet en tout cas, bien plus que ce que tu pensais il y a quelques mois. Si tu viens dans le Lot cet été, on pourra peut-être en discuter ? En tout cas, je te souhaite bon courage et de poursuivre ainsi.

      • Annelise

        Avec grand plaisir ! Je serais en effet dans le Lot, sur le stand d’Ama Yaga/L’oeil de Loup. Je pense que je vais faire gardienne de stand encore cette année (et de bébé par la même occasion).
        J’ai en effet bien progressé. Je ne retouche plus aux 8 premiers chapitres pour l’instant, même si je sais déjà ce qu’il va falloir corriger. Mais je préfère avancer et on verra ensuite. Tout prend forme, les personnages se posent les uns après les autres, je suis très contente du résultat et de voir que l’inspiration est toujours là.

  2. Jocelyne BACQUET

    Pour moi, c’est la méthode mixte qui prime, tout en écrivant par nature quand l’inspiration se montre. Mais comme je sais qu’en fonctionnant uniquement ainsi, les incohérences arrivent vite, je m’organise dès que quelques pages ont été écrites, par un système de plan pour lequel j’ai suivi une formation, le « Mind Mapping » ou « fiches euristiques », et ce sur deux axes : la chronologie (qui peu nous tendre des pièges terribles !) et les particularités des personnages (ce qu’ils ont vécu, leurs caractéristiques physiques ou autres, les noms des personnes croisées…). L’intérêt du Mind Mapping, c’est qu’on peut rajouter autant de choses que l’on veut, tout en restant avec une seule feuille sous les yeux, ça évite de s’arracher les cheveux au moment de la relecture, entre autres.
    Et voilà !

    • wishmag

      Le mind mapping est un excellent outil que beaucoup d’auteurs utilisent. De plus, il existe un certain nombre de logiciels gratuits à charger sur son ordi ou sa tablette (Free Mind, par exemple), pratique quand on écrit dans le train ou en voyage. Vous avez raison pour les deux axes indispensables : la chronologie et les personnages. De mon point de vue, ce sont les deux points cruciaux sur lesquels on peut buter si on n’y prend garde.
      Il existe également des logiciels entièrement dédiés à l’écriture (personnellement, j’ai installé yWriter sur mon ordinateur) très bien construits : on peut y dérouler la structure du livre, écrire chapitre par chapitre, voire scène par scène, tout en notant les caractéristiques des personnages et en ayant un aperçu du nombre de signes par chapitre afin de vérifier l’équilibre du livre. Ce sont réellement de très bons outils si on écrit directement sur ordinateur.

      • Jocelyne BACQUET

        Merci pour l’info ! C’est vrai que j’adore le papier, et bien qu’écrivant directement sur l’ordi, j’aime avoir près de moi mes feuilles de Mind Mapping… Je les lis, les complète, les relis (et les relie), les tripote. Dis, Dr Freud, est-ce que ça tiendrait du fétichisme ?

        • Annelise

          Je ne connais pas le Mind Mapping. En quoi ça consiste ?

          Pour les logiciels d’écriture, j’ai opté pour Scrivener et j’en suis très, très satisfaite. Tout s’organise comme un grand classeur et je n’ai plus à ouvrir 36 000 dossiers et fichiers en même temps. Et pouvoir fonctionner par couleurs et labels (pour voir où on en est selon l’avancement des chapitres, l’organisation des thèmes comme les idées, les fiches perso…), c’est hyper agréable.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *