L’autobiographie ou l’écriture de l’intime

Pour de nombreux auteurs, se lancer dans l’aventure de l’écriture résulte d’un processus de réflexion et de retour sur leur parcours personnel. Après une vie bien remplie, des expériences particulières, l’envie de partager ce vécu se fait sentir. Le besoin d’écrire pour autrui est un des principaux moteurs de la création. Certains souhaitent laisser une trace à leurs petits-enfants, d’autres veulent témoigner pour des personnes possiblement concernées par les mêmes questions, ou souhaitent se faire les observateurs d’une époque. L’autobiographie se rapporte ainsi à un travail de mémoire tout en adoptant un ton intime, personne ne pouvant se prévaloir d’avoir vécu des choses identiques de la même façon. Toutefois, ce genre peut revêtir de multiples formes et il n’est pas si simple de réussir un beau texte même à partir d’une belle histoire.

Le point de vue narratif

Celui qui s’impose le plus souvent reste subjectif : une écriture à la première personne pour une immersion totale dans l’univers et les aventures de l’auteur semble la plus judicieuse la plupart du temps. Ainsi, si vous avez choisi d’écrire votre histoire personnelle, il semble approprié d’écrire à la première personne et donc d’adopter un point de vue unique. Il en va de même pour les témoignages.

Pourtant, il est possible de varier les plaisirs. En écrivant à la troisième personne, l’auteur peut prendre du champ, poser un regard différent sur son propre vécu, se permettre plus de liberté dans la narration. L’écriture à la troisième personne apport une originalité qui doit être savamment calculée afin de ne pas commettre d’erreurs. Elle permet de multiplier les points de vue mais elle oblige à un certain détachement vis-à-vis des événements vécus. Il s’agit alors d’un exercice compliqué qui n’est pas donné à tout le monde, surtout lorsqu’on débute un parcours d’écrivain.

L’originalité du sujet

C’est l’écueil principal de l’autobiographie, à mon sens.

Beaucoup de personnes se refusent à écrire leur histoire par souci d’originalité. Ils pensent que c’est du déjà vu, déjà écrit donc déjà lu. Alors, est-il vraiment besoin de tenir un récit particulièrement original, voire inédit, pour se lancer dans l’écriture ? Pas si sûr !

Si vous vous penchez sur la question, vous vous rendrez vite compte que le sujet ne compte souvent pas tant que la façon dont il est traité. Combien de livres relatant des histoires d’inceste ont-ils été écrits ? Combien témoignant de l’enfer des camps de concentration ? Combien sur l’époque de la colonisation ? Combien sur la vie dans les campagnes au tournant de la mécanisation ? Et pourtant, la plupart ont trouvé leur public, ont reçu des échos et surtout ont apporté leur pierre au travail de mémoire collective auquel chacun peut participer.

La raison à cela reste que personne ne peut avoir vécu les choses de la même façon que vous et que personne n’écrit de la même façon non plus. Chaque histoire reste originale à sa manière. Finalement, ce qui compte, c’est la façon dont vous allez aborder la question. À travers le regard de vos petits-enfants découvrant votre enfance ? À travers des échanges de lettres entre prisonniers de guerre et leurs familles ? En adoptant un ton détaché, voire ironique, sur les événements vécus ? En choisissant une narration par épisodes ? En créant une atmosphère par des poèmes ? Les moyens sont légion. Et la réussite du texte passe bel et bien par le talent de l’auteur plus que par l’originalité de son sujet.

Une vie entière ou un épisode spécifique ?

L’autobiographie ne signifie pas nécessairement qu’il faille rédiger un récit exhaustif de sa vie. Beaucoup d’auteurs pensent que pour « faire les choses correctement », il faut débuter par leur naissance, raconter leur petite enfance par le menu, décrire l’intégralité de leur parcours avant d’en arriver à l’épisode marquant dont ils souhaitent faire le point central du texte. C’est une erreur courante qui plombera le livre et fera qu’il ne rencontre qu’un succès mitigé. Si votre récit concerne un événement spécifique survenu dans votre vie, il n’est pas nécessaire de débuter le texte à l’aube de l’humanité. Vous pouvez vous satisfaire d’un bref résumé permettant au lecteur de situer le contexte et de connaître un peu votre personnalité avant d’en venir au sujet principal. L’autobiographie ne réclame pas forcément que vous fassiez votre biographie complète. Elle peut ne se rapporter qu’à un ou plusieurs épisodes marquants, devenant ainsi un témoignage précieux.

En revanche, si le but de votre travail d’écriture est de laisser une trace à vos proches (comme c’est souvent le cas dans le cadre d’une autoédition), ils voudront connaître le maximum de choses sur votre vie. Un récit complet et détaillé s’impose alors, surtout si le contexte était particulier. Il est important, dans ce cadre, de prendre du recul, de peser la valeur des événements rapportés : lesquels sont judicieux, apportent un éclairage intéressant, lesquels sont indispensables et lesquels relèvent seulement de l’anecdote. Il n’est pas toujours aisé de juger correctement de la valeur de ce que l’on écrit et d’en évaluer la pertinence : n’hésitez pas à faire relire le texte par vos proches ou, mieux, par un professionnel.

L’intimité, oui, mais jusqu’où ?

Il s’agit d’une question fondamentale lorsqu’on s’attaque à l’autobiographie. Choisir de se mettre à nu est une chose ; décider de dévoiler les défauts ou les secrets de ses proches en est une autre. Il y a ici deux questions à se poser : celle de sa propre intimité et celle des autres.

Dans le premier cas de figure, il est important de se demander jusqu’où vous souhaitez aller dans le dévoilement de votre propre vécu. Ainsi, pour raconter sa première aventure avec une fille, est-il nécessaire de donner tous les détails ? Jusqu’où devez-vous aller ? Souhaitez-vous réellement que l’on sache comment s’est passé votre première fois ? Prenez du champ, non seulement par rapport à votre ressenti mais aussi en vous imaginant le ressenti du lecteur qui n’a peut-être pas envie de lire autant de détails. Demandez-vous qui aura l’ouvrage entre les mains et adaptez votre écriture : une autobiographie n’est pas un journal intime !

Il en va de même pour l’intimité de vos proches ou de vos connaissances. Souhaitent-ils que leur véritable nom figure dans le livre ? Sont-ils d’accord pour que vous racontiez leurs mésaventures ? En écrivant certains épisodes, ne trahissez-vous pas des secrets qu’ils auraient préféré que vous taisiez ? L’autobiographie est, de ce point de vue, un exercice périlleux. Avant de faire publier ce genre de texte, il est impératif de s’assurer que toutes les personnes citées l’ont lu et ont approuvé son contenu. En négligeant cet aspect, vous pourriez vous exposer à de mauvaises surprises allant de la brouille avec vos amis au procès pour diffamation. Soyez-y attentif.

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