La frustration de l’éditrice

Aujourd’hui, j’aimerais vous faire partager ma frustration. Cet article ne sera pas tout à fait un coup de gueule, mais il s’en rapproche tout de même un peu.

Plus que de ne pas avoir suffisamment d’auteurs pour faire survivre ma structure, plus que d’avoir des difficultés pour faire comprendre ma démarche et convaincre, ce qui me frustre actuellement dans mon métier, c’est de ne pas parvenir à réaliser les rêves des auteurs que j’accompagne.

Je sais que dans la plupart des structures de type autoédition, les prestataires se soucient peu de ce que deviennent les livres et leurs auteurs. Peut-être est-ce dû au fait que je travaille seule et que je créé ainsi une réelle proximité avec mes auteurs, mais je me sens impliquée dans leurs démarches et en partie responsable lorsque leurs projets n’aboutissent pas comme ils le souhaitent.

Ces derniers temps, j’ai travaillé plus particulièrement avec Céline (Obsydian) et Jocelyne (Huit jours après la pleine lune), qui sont depuis à la recherche d’un contrat à compte d’éditeur. Les livres ont tous deux été relus, réécrits, voire restructurés et corrigés plusieurs fois. La mise en page est professionnelle. Les documents accompagnant le roman ont été soignés. Les envois aux maisons d’édition ont fait l’objet de toute notre attention afin de répondre scrupuleusement à leurs demandes. Et pourtant…

Je me doute que vous connaissez la suite : lettres de refus standard ou non, voire absence totale de réponse pour certains éditeurs. Bien entendu, tous les auteurs connaissent ce passage obligé, cette frustration, cette impuissance à influer sur le cours des choses, cette attente déçue. Rien de bien nouveau sous le soleil. Céline et Jocelyne n’échappent pas à la règle. Et nous savions que cela se passerait ainsi sans pouvoir nous empêcher d’imaginer que, cette fois, la démarche pourrait aboutir. Pourquoi cette fois et pas une autre ? vous demandez-vous sans doute.

Tout simplement car un véritable travail pré-éditorial a été réalisé. Certes, un éditeur voudra mettre sa patte et demandera probablement des modifications. Mais comment ne pas croire que ces livres pourront tenter un éditeur quand on sait que la majorité des manuscrits qu’ils reçoivent n’ont pas été relus et corrigés (voire contiennent un nombre de fautes non négligeable), présentent une mise en forme aléatoire ou d’un goût douteux, des histoires parfois peu séduisantes ou bancales portées par une écriture maladroite ? On est en droit de croire, avec ces deux ouvrages, qu’ils pourront au moins franchir l’étape de la validation sur la forme. Mais il n’en est rien.

Et de nous interroger sur les critères des maisons, surtout lorsque certaines prennent la peine de répondre pour affirmer qu’elles aiment le texte mais n’en veulent pas ! Si, si, c’est véridique ! Surtout aussi lorsque, de mon point de vue de professionnelle, je vois quotidiennement paraître des ouvrages à la qualité douteuse, au scénario plus que léger, à l’écriture lourde ou inconsistante. Bref, tout ce qu’il faut pour créer ce que je nomme aujourd’hui la frustration de l’éditrice. Alors, je suis parfaitement au courant que les éditeurs cherchent avant tout les ouvrages qui se vendent, même si leur qualité n’est pas optimale, mais je ne peux m’empêcher de râler dans mon coin et de rager sur les nombreux auteurs de qualité qui ne seront jamais édités au profit d’auteurs que je trouve bien moins intéressants, doués ou imaginatifs. Je ne peux pas jeter la pierre à mes confrères qui prennent les décisions dans les maisons d’édition car leur vie est loin d’être si simple qu’on veut le croire. Finalement, tout ceci n’est sans doute qu’affaire de goût personnel…

Je continue donc à chercher comment faire aboutir le rêve de Céline et Jocelyne. Pas facile tous les jours, le métier d’éditrice, n’est-ce pas ?

3 thoughts on “La frustration de l’éditrice

  1. Jocelyne Bacquet

    Merci Magalie pour ce « coup de gueule » !
    Bien… Nous sommes donc au moins trois à être frustrées. On fait un club ? Quoique, non, ce serait entériner notre statut de frustrées au risque de ne plus en bouger et s’enliser jusqu’à l’étouffement. Eh bien non, notre « chronique d’un suicide annoncé » ne verra pas le jour ! Après un passage chez une éditrice sans scrupules, haineuse et non respectueuse de ses auteurs au point de s’inscrire en faux face à la loi, je me suis remise à l’écriture et ne suis allée qu’en perfectionnant mon travail, persuadée que j’étais de pouvoir trouver un nouvel éditeur, avec qui nous pourrions parler littérature, écriture, perfectionnement du texte, etc… Que nenni ! Les réponses dansent la gigue entre contraintes éditoriales, calendrier des parutions, lignes éditoriales, et j’en passe. Les seules réponses qui parlent d’un engouement pour le texte sont invariablement assorties d’un non, courtois mais incontournable, expliqué par le peu de textes publiés chaque année. Bref, notre bébé manuscrit, qui n’aspire qu’à grandir, se faire beau et devenir un LIVRE, est traité comme un objet commercial. Bien… Acceptons donc de voir notre texte chéri sous cette forme, après tout, pourquoi pas ? Convaincus alors que nous sommes qu’il n’en perdra pas pour autant sa nature intrinsèque. La quête se poursuit donc, augmentée de ce nouveau point de vue.
    Mais, pour l’heure, toujours aucun éditeur, grand ou petit, qui ait accepté de prendre sous son aile protectrice le bébé livre que je lui propose pour le porter vers un avenir qui reste à définir.
    Voilà, c’est en substance à peu près tout ce que j’ai à déclarer…

  2. Linka

    Merci Magalie, pour ton implication.
    Je tiens à préciser une chose cependant : tu n’as absolument aucune raison de te sentir responsable de cette situation. Ton travail est tout simplement formidable. Tes conseils toujours avisés. Grâce à toi, j’ai acquis une vraie méthode de travail. Je m’en suis rendu compte l’autre jour lorsqu’un ami m’a demandé de lui corriger un petit pamphlet avant de le mettre en ligne. J’ai appris beaucoup, beaucoup de choses au cours de cette aventure.
    J’ai eu le temps de réfléchir à ma dernière mésaventure avec la maison d’édition dont je ne citerais pas le nom. En relisant leur interminable diatribe, j’ai enfin compris les raisons véritables de leur refus. Ils souhaitaient un récit parfaitement manichéen, avec des codes bien huilés et faciles à suivre, ce qui est exactement l’opposé de ce que je souhaite écrire. Leur manière d’agir n’en est pas moins cavalière, et j’avoue a mis un gros frein à mon enthousiasme, mais ce n’est sans doute qu’un passage.
    Ce que j’ai plus de mal à comprendre par contre, c’est effectivement l’absence totale de réponse de certaines maisons d’édition…

    • wishmag

      Merci beaucoup pour ta confiance. On va y arriver !

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