Interview d’une auteure éditée : Isabelle Reyjal

Isabelle Reyjal a publié aux éditions De Varly son tout premier livre en 2016, un recueil de trois nouvelles fantastiques. Avec elle, j’ai souhaité revenir sur son parcours.

Les Ambassadeurs, ton premier ouvrage publié, regroupe trois nouvelles fantastiques. Pourquoi avoir choisi ce genre littéraire ?

Probablement par attirance personnelle vers ces thématiques, davantage d’ailleurs celles liées au paranormal qu’au fantastique à proprement parler. De plus, je suis gemmologue, les pierres et les bijoux m’intéressent, tout autant que la fascination et les croyances que ces objets particuliers suscitent auprès du grand public. Mêler deux sujets qui me tiennent à cœur s’est donc imposé comme une évidence.

Quelles sont tes références littéraires ? Ont-elles influencé ton écriture ?

J’ai été élevée et nourrie au lait de la littérature française classique, celle des grands écrivains du xviie au xixe siècle. J’ai passé une maîtrise de lettres sur les romanciers du xviiie. Me dire que mon écriture s’inspire de cette prestigieuse lignée serait me faire un compliment, car pour moi, le registre de langue n’a jamais été égalé depuis. Concernant la nouvelle, Maupassant reste pour moi le maître incontesté, la référence d’élégance, de précision et de sobriété qui ne se démodera jamais.

Peux-tu nous parler de ton processus d’écriture pour ces textes ?

L’idée générale, la structure globale mûrit d’abord comme un fil rouge qui se tend peu à peu dans l’esprit. Puis il faut se jeter à l’eau, et nager. Pour moi l’écriture n’a rien d’une sinécure, le premier jet n’est jamais satisfaisant, il faut lire, relire encore, élaguer le superflu, chercher le mot juste jusqu’à ce que la difficulté cède et que l’expression donne une illusion d’aisance. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez ! » C’est encore plus vrai pour les textes courts qui supportent la médiocrité encore moins que les autres. Un vrai travail de dentellière !

L’originalité du livre réside dans le fait que les trois histoires sont liées. Comment as-tu construit cela ?

Le premier texte a drainé les autres dans son sillage. Comme une graine semée qui donnerait d’abord une plante, puis des rejets qui prolifèrent et surgissent là où on ne les attend pas, mais dont la racine est identique. Le thème du mal qui tisse sourdement sa toile est inépuisable, quelles qu’en soient les variations. Dans ces conditions, autant créer un univers dont les différentes facettes se réfléchissent entre elles, ce que comprend le lecteur (j’espère) mais évidemment pas les personnages eux-mêmes. D’autres nouvelles en préparation, reliées aux précédentes, continueront de filer le sujet et de résonner sur le point initial.

Après l’écriture, comment s’est passée la recherche de l’éditeur ?

Très simplement et beaucoup par hasard ! Internet m’a fourni quelques adresses mail d’éditeurs acceptant de recevoir des textes en dématérialisé. J’ai lancé ma première nouvelle comme une bouteille à la mer. Dans l’heure qui a suivi, l’éditeur De Varly m’a téléphoné. Ce fut une immense et très plaisante surprise !

Je suppose que tu as été très heureuse que ton manuscrit soit retenu par les éditions De Varly…

Oui, j’ai eu la chance incroyable que le texte rencontre immédiatement un lecteur qui l’ait apprécié et que ce lecteur soit également éditeur ! Je me suis rendu compte, après coup, de la très faible probabilité statistique que cela arrive. Du reste, les autres maisons à qui j’ai proposé ma nouvelle n’ont pas du tout manifesté le même enthousiasme. Certaines m’ont juste encouragée à poursuivre l’écriture, ce qui n’est déjà pas mal. Les lignes éditoriales déjà saturées font le reste. Mais De Varly a été fidèle à son coup de cœur initial. J’ai donc écrit les deux nouvelles suivantes pour constituer un recueil et quelques mois après, nous étions tous prêts, personne n’avait changé d’avis !

Quel travail avez-vous réalisé ensemble ? Le processus d’édition a-t-il été long ?

Quelques semaines à partir de la signature du contrat. Le texte est resté pratiquement intact dans sa forme, mises à part quelques corrections de coquilles orthographiques et rectifications de tournures. La maison d’édition ne m’a demandé aucune modification de fond, ce que j’ai vivement apprécié, sachant maintenant que c’est assez exceptionnel. Il y a eu toute la partie mise en forme avec la graphiste, qui s’est montrée très efficace, compréhensive et compétente. La recherche de l’illustration de la couverture a été collégiale mais rapide ; j’ai eu la sensation que la graphiste, l’éditeur et l’auteur cherchaient à se gêner mutuellement le moins possible. Pour moi, cette période a été très agréable.

Avoir son livre entre les mains, une satisfaction ?

Je le reconnais. On a beau savoir que ce n’est qu’une étape, que le plus dur reste à faire : diffuser le livre et le faire vivre, on éprouve une pointe d’orgueil la première fois qu’on voit son nom imprimé sur une couverture, sur un objet concret qu’on peut toucher, manipuler, feuilleter ! C’est le point d’orgue d’un cheminement, c’est l’objectivation d’une certaine réussite. Vous tournez les pages, vous lisez vos mots, c’est vous et ce n’est pas vous tout à la fois. Je suppose qu’on s’habitue à cette sensation quand on est un auteur à succès, mais la première fois, l’orgueil est plus que flatté, même si on fait tout pour relativiser.

Plusieurs mois après la sortie du livre, quel regard portes-tu sur cette aventure ? Comment vit le livre ?

Je me suis servie principalement de mon réseau dans le milieu de la gemmologie pour maximiser l’écoulement du livre. Un certain nombre d’exemplaires se sont ainsi vendus sur des salons dédiés aux bijoux et minéraux. Beaucoup de relations personnelles m’ont également fait l’amitié d’acheter le livre et de le propager autour d’eux. La presse locale de ma région natale s’est aussi fait l’écho de cette parution. J’ai participé à une séance de dédicace dans une grande librairie, mais là ce fut une vraie déception. Les clients pressés ne s’approchaient même pas du stand, ils venaient tous chercher un ouvrage bien précis et ne se souciaient pas de découvrir autre chose. L’ouvrage est en vente sur Amazon et peut être commandé dans n’importe quelle librairie. Mon inexpérience du domaine et le manque de temps ne m’ont pas permis d’aller beaucoup plus loin dans la promotion de l’ouvrage.

As-tu des conseils à donner aux auteurs qui recherchent un éditeur ?

Non, car aujourd’hui j’ignore toujours la recette du succès. J’ai compris que les éditeurs recherchent avant tout ce qui se vend, et ce qui se vend n’est pas forcément ce qui est un bon produit, du point de vue qualitatif pouvant correspondre aux normes et aux exigences personnelles d’un auteur. Un livre n’est qu’un produit de marché comme un autre, avec des lois régies par l’offre et la demande et non par la valeur artistique intrinsèque. À mon avis, aujourd’hui, un écrivain recherchant un débouché commercial pour ses ouvrages doit beaucoup en rabattre par rapport à son idéal d’écriture. C’est ce que je ne ferai jamais. Si l’aventure ne va pas plus loin, ça n’a pas grande importance car je n’ai pas attendu cette activité pour avoir des moyens d’existence, et je suis bien consciente que mon style d’écriture n’est peut-être pas très actuel, ce dont je suis plutôt fière. De toute façon, la masse de livres et d’auteurs est telle aujourd’hui que la probabilité d’émerger et de surnager, sans aucun appui ni relation dans le milieu de l’édition, est infime. Avec une édition à compte d’éditeur, grâce à la gentillesse et à la loyauté de l’éditeur De Varly, je suis déjà allée plus loin que l’immense majorité des aspirants écrivains, et cette expérience stimulante, valorisante, est déjà un beau cadeau de la vie.

Merci à Isabelle pour cette interview pleine de sincérité.

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