En écriture, êtes-vous lièvre ou tortue ?

Dans le domaine de l’écriture comme dans la vie, chacun va à son propre rythme. La productivité dépend souvent des objectifs à atteindre, du temps disponible mais aussi de la capacité personnelle de l’auteur à écrire. Peut-être êtes-vous du genre à vous mettre à écrire frénétiquement dès qu’une idée vous traverse l’esprit ou bien avez-vous besoin de mûrir les choses. Cela signifie-t-il que vous n’êtes pas productif pour autant ?

Le syndrome du lièvre

Me considérant plutôt comme une tortue, j’ai souvent regardé avec envie les personnes que j’envisageais comme des lièvres. Ces personnes qui, dès qu’un concept intéressant surgit, savent l’attraper à bras-le-corps et en tirer un livre en quelques semaines. C’est vrai. Il existe des auteurs capables d’écrire un bouquin en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Et ce n’est pas forcément au détriment du style, de la qualité de la narration ou de l’intérêt de l’histoire. Cela leur est naturel, comme pour chacun de respirer. D’ailleurs, vous vous demandez peut-être comment font les Harlan Coben, les Stephen King ou les Katherine Pancol pour sortir invariablement leurs opus à intervalles réguliers ?

Certains souligneront le fait que « plus on écrit, plus on écrit ». De fait, la mécanisation de l’écriture n’est sans doute pas une vue de l’esprit : à force d’écrire, on acquiert des réflexes, des automatismes. On apprend à faire la chasse à ses propres défauts, aux répétitions, aux tics de langage. On connaît les mécanismes qui rendent une histoire palpitante et comment les utiliser. On peaufine au fil des livres ses qualités de narration, son style. Un peu comme le jogger qui a toujours plus envie de courir grâce aux endorphines, l’écrivain développe une sorte d’addiction à l’écriture. Plus les mots, les phrases lui viennent naturellement, plus il a envie d’écrire. Il est porté par le plaisir de poser des mots justes sur le papier. Et de fait, un auteur fonctionnant de cette façon va pouvoir atteindre de très hauts taux de productivité.

Et celui de la tortue

Mais il existe aussi des auteurs se rapprochant de la tortue. Pour ceux-là, le processus d’écriture est tout à fait différent. Certes, pour eux aussi, l’écriture est une nécessité, un besoin mais ils le vivent sur un mode beaucoup moins frénétique. Ils ont souvent besoin de peser chaque scène, presque chaque phrase ou chaque mot. Le meilleur exemple connu est sans doute celui d’Alain Damasio qui s’impose un tel niveau d’exigence concernant le style, la narration, le rythme du récit que ses titres sont de véritables pépites trop rares au goût de ses admirateurs. Pourtant, il n’a pas moins de succès que les auteurs prolifiques. C’est ainsi que la tortue rattrape le lièvre, n’est-ce pas ?

L’auteur tortue passe souvent plus de temps à rêver son livre, le penser et le triturer en esprit qu’à écrire. Lorsqu’il pose les mots sur le papier, ils doivent sonner juste. Il est alors capable de produire beaucoup de texte en peu de temps, ayant longtemps mûri les choses. Pour certains, ce processus peut se produire en une fois. Pour d’autres, il est plus laborieux. Ils vont poser le texte une première fois et y revenir inlassablement jusqu’à ce qu’ils estiment le tout parfait ou au moins suffisant à leurs yeux. Pour d’autres enfin, un véritable découpage est réalisé : chaque chapitre est profondément mûri avant d’être écrit, des intervalles de temps plus ou moins longs se glissant entre chaque période d’écriture. C’est ainsi que l’écriture d’un petit roman peut demander plusieurs années.

Ne pas se mesurer à l’aune du voisin

Que vous soyez lièvre ou tortue, vous penserez souvent que les choses sont mieux chez les autres et, bien entendu, ce n’est pas forcément vrai. De nombreux facteurs interviennent dans la productivité d’un auteur. Si vous travaillez par ailleurs (n’oublions pas que l’écriture ne nourrit pas son homme le plus souvent), que vous avez une vie de famille (le petit dernier à aller chercher au judo, aider la plus grande à faire ses devoirs et passer un peu de temps avec votre conjoint) et éventuellement des loisirs, des amis à voir, de la famille à visiter, le temps que vous pourrez consacrer à l’écriture sera réduit. Votre productivité s’en ressentira donc. Peut-être que les auteurs que vous connaissez ont un meilleur rendement car leur vie est totalement différente. Peut-être que vous êtes un lièvre disposant de tout le temps nécessaire pour écrire mais éternellement insatisfait par ses textes et qui ne les termine jamais au final. L’herbe n’est pas toujours plus verte dans le pré d’à côté et le lièvre que vous venez de voir passer ne gagnera peut-être pas la course.

À mon sens, l’écriture est un processus intime que chacun doit s’approprier à sa façon. Si la question de la productivité se pose car nous voulons tous voir un de nos textes terminés, nous souhaitons pouvoir mettre par écrit toutes les idées que nous avons en tête, elle ne doit pas devenir obsessionnelle. La quantité de signes produite en un temps donné n’est pas un critère de qualité : elle peut vous rassurer mais guère plus. Lièvre ou tortue, vous pouvez vous demander si votre taux de productivité vous satisfait, s‘il vous permet de remplir vos exigences en termes de qualité et comment l’améliorer si vous n’en êtes pas content, mais cela ne doit pas devenir une fin en soi au risque de perdre ce qui compte le plus dans le fait d’écrire : le plaisir.

Et vous ? Êtes-vous lièvre ou tortue ? N’hésitez pas à me faire part de votre façon de vivre l’écriture.

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